Infiltration pour tendinite : quand elle soulage et quand elle fragilise le tendon

Infiltration pour tendinite : quand elle soulage et quand elle fragilise le tendon

Une infiltration pour tendinite peut réduire une douleur persistante et permettre de reprendre une rééducation devenue difficile. Ce geste n’est toutefois ni automatique ni adapté à toutes les atteintes. Son intérêt dépend du tendon concerné, de l’état des tissus, de la présence d’une inflammation et des soins déjà essayés. Une consultation médicale et, souvent, une échographie permettent de vérifier si cette option est pertinente.

Comprendre ce que traite réellement une infiltration

Le terme « tendinite » est couramment employé pour toute douleur d’un tendon. En pratique, il peut désigner une inflammation aiguë, une atteinte de la gaine tendineuse appelée ténosynovite ou une tendinopathie plus chronique, liée à une surcharge répétée et parfois à une altération progressive des fibres. Dans ce dernier cas, souvent appelé tendinose, le problème n’est pas uniquement inflammatoire.

Schéma des zones d’injection pour une infiltration pour tendinite et de la zone à éviter dans les fibres du tendon
Schéma des zones d’injection pour une infiltration pour tendinite et de la zone à éviter dans les fibres du tendon

Un produit injecté près du tendon, jamais dans ses fibres

L’infiltration consiste généralement à injecter un corticoïde, un anti-inflammatoire stéroïdien, au contact du tendon, dans sa gaine ou dans une bourse voisine lorsqu’elle participe à la douleur. Un anesthésique local peut y être associé. Le but est de calmer une réaction inflammatoire locale et de diminuer la douleur. Le produit ne doit pas être injecté dans le tendon lui-même, car cette erreur risquerait de fragiliser sa structure.

L’échographie aide aussi à préciser le diagnostic. Elle peut montrer un épaississement du tendon, une inflammation de la gaine, une bursite proche ou une éventuelle fissure. Elle ne remplace pas l’examen clinique, mais elle vérifie que la douleur vient bien de la zone envisagée pour l’injection et facilite le positionnement de l’aiguille.

Dans quelles situations envisager une infiltration pour tendinite ?

Une infiltration est habituellement discutée lorsque la douleur persiste malgré une prise en charge conservatrice bien conduite : adaptation temporaire des gestes responsables, repos relatif, orthèse ou attelle selon la localisation, antalgiques, kinésithérapie et correction d’un mouvement sportif ou professionnel. Elle peut être envisagée pour une ténosynovite de De Quervain, certaines tendinopathies de l’épaule, du coude ou de la hanche, notamment lorsque la gêne bloque les activités quotidiennes ou la rééducation.

Avis d’experts sur le diagnostic d’une douleur d’épaule · Consultez l’analyse question par question des membres du groupe de lecture de la HAS sur la conduite diagnostique et les options de prise en charge de la douleur d’épaule.

Une décision fondée sur le diagnostic, pas sur l’intensité seule

Une douleur très forte ne signifie pas forcément qu’un corticoïde est la meilleure réponse. Une rupture, une tendinopathie fissuraire, une atteinte très dégénérative ou une douleur provenant d’une articulation voisine demandent une stratégie différente. Dans certaines tendinopathies trochantériennes, un test anesthésique échoguidé peut aider à préciser l’origine de la douleur avant de décider d’un traitement.

Le bilan repose sur plusieurs éléments : localisation précise, gestes déclencheurs, durée des symptômes et résultats de l’échographie. Il doit aussi rechercher une fissure, une infection ou une surcharge persistante. Cette étape évite de traiter uniquement le signal douloureux sans corriger le mécanisme qui entretient l’atteinte.

Déroulement : douleur, échoguidage et suites immédiates

Le geste est réalisé par un médecin habitué aux infiltrations, par exemple un rhumatologue, un médecin du sport, un radiologue interventionnel ou un spécialiste de rééducation. Après une désinfection soigneuse de la peau, le praticien positionne l’aiguille dans la zone ciblée. Le guidage échographique permet de visualiser le tendon, la gaine ou la bourse et d’orienter l’aiguille avec précision. L’injection se fait généralement sans hospitalisation.

Est-ce douloureux ?

La piqûre et la progression de l’aiguille peuvent être désagréables, mais le geste reste généralement bref. Lorsqu’il est utilisé, l’anesthésique local peut apporter un soulagement rapide et transitoire. Une recrudescence douloureuse locale peut apparaître dans les heures qui suivent, avant l’effet progressif du corticoïde, souvent ressenti sur plusieurs jours. Une amélioration des symptômes est fréquemment observée dans les 48 heures, mais le délai varie selon la zone et l’atteinte.

Les précautions après l’injection

Les consignes du praticien priment toujours. En règle générale, il est prudent d’éviter temporairement le sport intense, le port de charges et les gestes répétitifs qui sollicitent le tendon infiltré. La reprise doit être progressive, en s’appuyant sur la diminution de la douleur plutôt que sur l’envie de rattraper rapidement l’activité. La glace peut aider en cas d’inconfort : une application d’environ 15 minutes, renouvelable toutes les 30 minutes si nécessaire, est parfois recommandée.

  • Prévenez le médecin de vos allergies, de vos maladies en cours et de vos traitements habituels.
  • Signalez impérativement la prise d’un anticoagulant ou d’un anti-agrégant plaquettaire. Ne l’arrêtez jamais de votre propre initiative.
  • Une infection locale ou générale doit être recherchée avant le geste.
  • Un diabète ou une hypertension déséquilibrés nécessitent une évaluation médicale préalable.

Bénéfices attendus, risques et limites à connaître

Le principal bénéfice recherché est une baisse de la douleur et de l’inflammation, pour récupérer de la mobilité et reprendre la rééducation. L’infiltration peut offrir une fenêtre utile pour travailler la force, la souplesse, la coordination et l’adaptation des contraintes. Elle ne répare pas à elle seule un tendon fragilisé et ne corrige pas un poste de travail ou un geste sportif inadapté.

Des effets indésirables rares, mais à prendre au sérieux

Les effets locaux possibles comprennent une douleur passagère, un bleu, une dépigmentation ou une atrophie de la peau près de la zone injectée. Une infection est rare, avec un risque annoncé à 1 sur 50 000, mais elle impose une réaction rapide. Fièvre, rougeur qui s’étend, chaleur locale, gonflement important, douleur inhabituelle ou aggravation fonctionnelle doivent conduire à contacter sans délai le praticien ou à consulter en urgence.

Les infiltrations répétées exposent davantage à une fragilisation du tendon et des tissus voisins. Au-delà de 3 infiltrations par an et par articulation, un effet délétère sur le cartilage ou le tendon est évoqué. Le nombre d’injections ne se décide donc pas à l’avance. Il faut réévaluer la réponse au premier geste, le diagnostic et les alternatives plutôt que multiplier les injections.

Rééducation, PRP, ondes de choc : quelle place face aux alternatives ?

Le choix dépend de la localisation, de l’ancienneté des symptômes, de l’état du tendon et des objectifs de la personne. Une prise en charge durable associe souvent un traitement symptomatique à une correction de la surcharge qui a provoqué la douleur. La diminution des symptômes ne dispense pas de la rééducation ni de l’adaptation des activités.

OptionIntérêt principalLimites
Adaptation des activités, attelle, kinésithérapieTraiter la surcharge et restaurer progressivement la fonctionDemande du temps et une participation régulière
Infiltration de corticoïdeDiminuer une douleur inflammatoire persistante pour faciliter la rééducationEffet variable, récidive possible et prudence avec les injections répétées
Ondes de chocOption discutée dans certaines tendinopathies chroniquesIndication variable selon le tendon et la situation
PRPAlternative injectable parfois proposée dans les formes résistantesRésultats et indications à évaluer au cas par cas
ChirurgieRéservée aux formes résistantes, avancées ou associées à une lésion spécifiquePlus invasive, avec une récupération à organiser

Si une infiltration est proposée, demandez quel diagnostic elle vise, où le produit sera déposé, quel est l’intérêt de l’échoguidage et quel programme de rééducation suivra. Cette discussion permet d’inscrire le soulagement dans une prise en charge globale, tout en limitant le risque de récidive.