Entorse du poignet : une radiographie normale n’exclut pas une lésion ligamentaire

Après une chute sur la main, une torsion ou un choc, une douleur au poignet peut correspondre à une entorse, mais aussi à une fracture qu’il faut écarter. Le bon réflexe consiste à protéger l’articulation, à limiter les mouvements douloureux et à repérer rapidement les signes d’alerte. Un poignet peu gonflé n’est pas forcément rassurant : certaines lésions ligamentaires restent discrètes au début.
Ce qui se passe réellement lors d’une entorse du poignet
Une entorse du poignet est une lésion des ligaments, ces bandes fibreuses qui stabilisent les petits os du carpe entre eux. Le carpe compte 8 os, organisés en 2 rangées. Leur alignement précis permet de porter un sac, de tourner une clé ou de prendre appui sur la main. Lors d’un mouvement forcé, un ligament peut être étiré, partiellement déchiré ou complètement rompu.
De l’étirement à la rupture complète
Une entorse de grade I correspond généralement à un étirement ligamentaire. Le poignet reste stable, même si les mouvements sont douloureux. À l’autre extrémité, une entorse de grade III peut impliquer une rupture complète et une instabilité de l’articulation. Entre ces deux niveaux, les formes intermédiaires demandent une appréciation clinique, car l’intensité de la douleur ne reflète pas toujours la gravité exacte de la lésion.
Les ligaments peuvent être comparés aux fils qui maintiennent une nappe tendue sur une table. Si l’un d’eux se relâche ou se déchire, l’ensemble peut sembler stable au repos, puis bouger dès qu’un appui est exercé. La possibilité de bouger les doigts ou d’utiliser brièvement la main ne suffit donc pas à exclure une lésion importante. La douleur à l’appui, en torsion ou lors de la prise d’un objet apporte un repère plus utile.
Douleur, gonflement, blocage : les signes à observer
Le symptôme le plus fréquent est une douleur localisée au poignet après le traumatisme. Elle peut être vive immédiatement ou devenir plus nette dans les heures qui suivent. Un gonflement, un hématome et une perte de mobilité sont fréquents, mais leur absence n’écarte ni une entorse légère ni une atteinte ligamentaire profonde.
- douleur lorsque le poignet est plié, étendu ou tourné ;
- gêne pour serrer, porter, ouvrir une porte ou prendre appui ;
- gonflement ou bleu autour du poignet ;
- sensibilité marquée à la pression d’un point précis ;
- craquement au moment du choc, sensation de dérobement ou de blocage ;
- diminution de la force de préhension.
Les situations qui justifient une consultation rapide
Demandez un avis médical sans tarder si le poignet paraît déformé, si la douleur est très intense, si les doigts deviennent engourdis, pâles ou froids, ou si la main ne peut pratiquement plus être utilisée. Une consultation est également nécessaire après un traumatisme à forte énergie, notamment un accident ou une chute importante. Si la douleur persiste au-delà de 15 jours, même avec une mobilité partiellement conservée, elle doit être réévaluée.
Entorse, fracture, foulure ou tendinite : ne pas se fier au seul ressenti
Plusieurs problèmes peuvent provoquer une douleur au poignet. Les distinguer demande souvent un examen clinique et, après un traumatisme, une imagerie. Une fracture du scaphoïde, par exemple, peut être difficile à repérer au début et ressembler à une simple entorse.
| Cause possible | Contexte évocateur | Repères utiles |
|---|---|---|
| Entorse | Chute, torsion, appui forcé | Douleur ligamentaire, gonflement variable, gêne aux mouvements |
| Fracture | Choc ou chute | Douleur osseuse très précise, déformation possible, appui difficile |
| Foulure | Effort ou geste brusque | Atteinte musculaire ou tendineuse, souvent sans traumatisme direct majeur |
| Tendinite | Mouvements répétés | Installation progressive, douleur déclenchée par un geste répété |
Une radiographie est souvent réalisée en première intention pour rechercher une fracture. Toutefois, une radiographie normale n’exclut pas une entorse, car elle ne montre pas toujours les lésions des ligaments. En cas de doute persistant, de douleur ciblée ou de suspicion d’instabilité, le médecin peut orienter vers une IRM, un arthroscanner ou parfois une échographie. Ces examens complètent l’examen clinique lorsque la douleur ne s’explique pas par la radiographie.
Les premières 48 heures : protéger sans aggraver
Dans l’attente d’un avis médical, le protocole RICE aide à limiter la douleur et le gonflement pendant les premières 48 heures : repos, glace, compression et élévation. Il ne remplace pas un diagnostic lorsque les signes font suspecter une fracture ou une entorse grave.
- Repos : évitez le port de charges, les appuis et les mouvements qui réveillent la douleur.
- Glace : appliquez du froid protégé par un tissu, sans contact direct avec la peau, jusqu’à 4 fois par jour.
- Compression : un bandage ou une orthèse peut soutenir le poignet, à condition de ne pas comprimer au point de provoquer des fourmillements ou un changement de couleur des doigts.
- Élévation : gardez la main surélevée lorsque cela est possible pour limiter l’œdème.
Ne forcez pas le poignet pour vérifier s’il fonctionne et n’essayez pas de le manipuler ou de le remettre en place. Une orthèse de poignet peut être indiquée, mais son type et sa durée d’utilisation doivent idéalement être adaptés à la lésion. Un antalgique de palier 1 peut être envisagé selon votre situation médicale et les conseils d’un professionnel de santé.
Guérison, rééducation et prévention des séquelles
Une entorse bénigne peut s’améliorer en 2 à 3 semaines, tandis qu’une récupération complète peut prendre 1 à 3 mois selon le ligament atteint, l’immobilisation nécessaire et les sollicitations quotidiennes. La reprise du travail manuel, du sport ou des exercices en appui doit être progressive. L’absence de douleur au repos ne signifie pas que le poignet tolère déjà une charge importante.
Pourquoi il ne faut pas banaliser une douleur persistante
Une lésion ligamentaire mal identifiée ou une reprise trop précoce peut évoluer vers une instabilité chronique du poignet. Dans certains cas, notamment lors d’une atteinte scapho-lunaire ou luno-triquetrale, cette instabilité peut favoriser à terme une arthrose secondaire. Une rééducation en kinésithérapie aide à récupérer la mobilité, la force et le contrôle des gestes. Les soins de kinésithérapie sont remboursés à 60 %.
Si le poignet reste douloureux, gonflé, instable ou bloqué malgré le repos, consultez un médecin. Les entorses graves peuvent nécessiter une immobilisation plus stricte, une prise en charge spécialisée de la main et, en cas de rupture complète, une intervention chirurgicale suivie de rééducation. Une prise en charge précoce aide à préserver une articulation fiable dans les gestes du quotidien.